Fourrure de lapin : les faits
Le massacre des lapins pour leur fourrure est la branche du commerce de la fourrure qui croît le plus rapidement ; pourtant, c’est un secteur peu connu. Cinquante millions d’animaux sont massacrés pour leur fourrure chaque année dans le monde, mais ces chiffres n’incluent pas les lapins, car il est difficile d’obtenir des chiffres précis.
Aux quatre coins du monde, la plupart des méthodes d’élevage industriel (tels que les cages de poules en batterie, la production de foie gras, l’élevage des visons pour leur fourrure) ont été l’objet d’études scientifiques détaillées, de campagnes par des associations pour les droits des animaux et même d’interdictions gouvernementales. Pendant ce temps, l’élevage industriel des lapins pour leur fourrure et leur viande recevait peu d’attention… jusqu’à aujourd’hui.
CAFT (“ Coalition to Abolish the Fur Trade ” : “ Coalition pour abolir l’industrie de la fourrure ”) a infiltré et révélé au grand jour cet horrible commerce. Un commerce où des millions de lapins sont confinés dans des cages métalliques, utilisés comme des machines à reproduire, puis ont la gorge tranchée et leur fourrure transformée en bottes, chapeaux, gants et garnitures de vestes.
Ayant voyagé dans quatre pays européens, infiltré des élevages de lapins, des abattoirs, des entreprises de confection, des fabricants et des détaillants, CAFT peut maintenant dévoiler la réalité du commerce de la fourrure de lapin.
Les lapins
Les lapins sont des animaux sociaux qui, dans la nature, vivent en grands groupes et creusent de complexes garennes pour y habiter. Les lapins adorent jouer, courir, sauter et se faire la toilette les uns les autres. Ce sont des êtres intelligents qui peuvent vivre jusqu’à 10 ans. Mais pour les millions de lapins destinés à être tués pour la vanité et la gourmandise humaine, la vie est entièrement différente.
Deux races principales de lapins sont utilisées dans l’élevage industriel de lapins : le Rex et le New Zealand White (Blanc de Nouvelle-Zélande) ou California White (Blanc de Californie). Le Rex est élevé spécifiquement pour sa fourrure et les lapins blancs principalement pour leur viande. Une autre race existe, l’Orylag, élevée à la fois pour la viande et la fourrure, seulement en France.
Toutes les races sont élevées en batterie dans des cages entièrement grillagées, où les lapins peuvent à peine bouger, ni s’étirer, jouer, sauter ou même s’asseoir droit. Parfois, les lapins en cage peuvent développer des déformations de la colonne vertébrale.
Les cages individuelles, comme celles d’élevage des lapins pour la fourrure, ont la surface de 2 boîtes de chaussures. Les cages pour des groupes allant jusqu’à 12 lapins peuvent être seulement un tiers plus grandes.
Les mères sont séparées de leurs petits et seulement autorisées à entrer dans l’aire d’allaitement pour les nourrir. Alors que, dans la nature, les mères ont l’habitude de nourrir leurs petits à n’importe quelle heure, le fait que la lapine d’élevage ne puisse pas choisir l’heure d’allaitement de ses petits lui causera du stress. Quand la mère est stressée, il peut lui arriver de manger ses petits.
Le Rex
Il y a deux variétés de Rex élevées pour la fourrure : le Castor Rex (marron) et le Chinchilla Rex (de la même couleur que le chinchilla et souvent utilisé comme une alternative bon marché à la fourrure de chinchilla).
Enlevés à leur mère à l’âge de 4 semaines, les lapins sont mis dans une cage avec leurs frères et sœurs pour 3 ou 4 autres semaines, avant de passer les 6 ou 7 mois suivants dans des cages individuelles pour les empêcher de se battre et d’abîmer leur fourrure. Ils sont tués après avoir perdu leur premier manteau d’hiver, quand leur fourrure est plus épaisse.
On garde les animaux reproducteurs jusqu’à 3 ans. Les mères sont inséminées de nouveau de 1 à 3 semaines après avoir mis bas. Elles mettent bas d’ordinaire 2 fois par an.
Les lapins blancs
Les lapins Blanc de Nouvelle-Zélande ou de Californie ont traditionnellement été élevés pour leur viande. Ils sont laissés à leur mère jusqu’à environ l’âge de 4 semaines, puis déplacés avec leurs frères et sœurs vers une cage d’engraissement, où ils resteront jusqu’à l’âge de 10 ou 12 semaines, où ils seront tués.
L’élevage de cette race a toujours été pour la viande; les abattoirs jetaient souvent la fourrure. Ces dernières années, une augmentation de la demande de fourrure de lapin bon marché a conduit de plus en plus d’abattoirs à vendre les peaux.
L'Orylag
Les lapins Orylag sont seulement élevés dans 20 fermes en France. Ils ont été créés par manipulation génétique par l’INRA (Institut National de Recherches Agronomique, en France). Les éleveurs doivent travailler selon les instructions de la coopérative Orylag, qui a un budget annuel de 3 millions d’euros et traite avec des créateurs tels que Fendi, Dior, Channel, Hermes, D&G, entre autres.
60% des profits produits par l’Orylag viennent de leur fourrure et 40% de leur viande. On considère que c’est le futur de l’élevage de lapins.
La mère a normalement environ 7 petits, mais cela peut aller jusqu’à 12. Elle est inséminée de nouveau après quelques jours par insémination artificielle. Ses petits resteront avec elle jusqu’à l’âge de 4 semaines, puis seront déplacés dans des cages avec leurs frères et sœurs jusqu’à l’âge de 7 semaines, puis déplacés dans des cages individuelles pour les empêcher de se battre.
Les lapins sont tués à l’âge de 20 semaines. Cela a lieu tout au long de l’année et non pas à une date fixe.
La mortalité
La mortalité est haute à la fois pour les Rex et les lapins blancs (d’ordinaire entre 10 et 15%). La mortalité pour les lapins Orylag est de 25 à 30%. Les éleveurs disent que ces pertes n’affectent pas leur marge de profit. C’est le taux le plus haut parmi tous les élevages commerciaux d’animaux.
Le transport vers l’abattoir
Il arrive très souvent que des lapins meurent en chemin vers l’abattoir ; on a rapporté des taux aussi hauts que 7 à 8 % [1]. Cela est souvent dû à la façon dont les lapins sont entassés dans des caisses; des virus peuvent facilement se répandre et la faible ventilation entraîne des problèmes respiratoires. Des os cassés et des lésions traumatiques sont aussi fréquents, à cause des mauvaises manipulations.
L'abattoir
Les méthodes d’abattage observées par les enquêteurs de CAFT dans des élevages de lapins en Europe sont diverses. Quelques animaux étaient tués à la ferme : on leur donnait un coup sur l’arrière de la tête avec un gourdin, avant de leur trancher la gorge. Les abattoirs commerciaux assommaient les lapins avec des appareils électriques, puis leurs tranchaient la gorge.
Dans un abattoir filmé par CAFT, dans lequel 9000 lapins étaient tués chaque jour, les lapins étaient parqués dans des caisses empilées par 8 verticalement, face à ceux qui étaient abattus. Couverts d’excréments provenant des caisses les surplombant, quelques-uns étaient clairement encore en vie tandis qu’ils saignaient à mort.
Le bien-être animal
Les lapins sont élevés dans des cages entièrement grillagées, ce qui crée des problèmes physiques et comportementaux.
Le sol en grillage des cages entraîne des blessures aux pieds, qui peuvent provoquer une pododermatite ulcérative, entraînant des infections et des abcès. Des recherches effectuées en 2004 nous ont montré que jusqu’à 15% des lapines souffraient de pododermatite [2] et que jusqu’à 40% avaient des blessures aux pattes qui étaient suffisamment sérieuses pour que les lapines montrent des signes d’inconfort [3].
La puanteur de l’ammoniac provenant des sols trempés par l’urine, qui surmonte toute autre odeur dans les unités commerciales de lapins, peut irriter les yeux des lapins et entraîner des infections douloureuses.
Le logement des lapins, à la fois séparés ou en groupes, pose des problèmes. Puisque les lapins sont des animaux sociaux, le fait d’être séparés d’un autre lapin cause un stress énorme et cette privation sociale entraîne un comportement stéréotypique tel que la morsure des barres des cages (un comportement habituel présenté par les animaux en cage). Même le logement en groupe d’une portée de lapins adolescents n’est pas meilleur : le surpeuplement des cages entraîne une augmentation des agressions et des combats ; l’arrachage de fourrure et les morsures aux oreilles sont des manifestations dues à la surpopulation.
Des cages vides entraînent l’ennui, qui conduit ensuite à des comportements stéréotypiques. La plupart des recherches cherchant à savoir si les lapins peuvent bénéficier d’enrichissements dans les cages ont prouvé que n’importe quel enrichissement, tel que des bâtons à ronger ou simplement du foin, était un pas positif vers la réduction de l’ennui, du fait de ronger les barreaux et des combats.. Même si cela est largement accepté, aucun des élevages visités par CAFT n’avait d’enrichissement.
Ces animaux ne connaîtront jamais l’air frais ou la lumière naturelle du soleil, jusqu’à ce qu’ils soient emmenés à l’abattoir.
La confection
Traditionnellement, les produits en fourrure de lapin utilisaient uniquement les peaux des lapins élevés spécifiquement pour leur fourrure, puisque ces dernières sont d’une meilleure qualité. Les peaux des lapins tués pour leur viande à 10 ou 12 semaines n’est pas de bonne qualité et de nombreux abattoirs les jettent encore. Mais cette demande croissante pour la fourrure de lapin, particulièrement de Chine, signifie que la fourrure des lapins blancs, élevés pour leur viande, est de plus en plus utilisée.
Les entreprises de confection peuvent rendre la fourrure bon marché plus attrayante grâce à une variété de procédés tels que la teinture et le rasage. Beaucoup de ces compagnies se sont déplacées en Chine pour exploiter le faible coût de la main d’œuvre et éviter les réglementations environnementales. Les peaux transformées sont souvent renvoyées en Europe pour y être utilisées comme garnitures.
Les éleveurs de lapins pour la viande ont dit aux enquêteurs de CAFT que le prix de la viande n’a pas augmenté depuis plusieurs années. Il reste stable. Maintenant que des fermiers peuvent obtenir entre 10 et 45 cents par peau, cela leur a sans aucun doute permis de continuer à emprisonner les lapins dans ces conditions sordides, alors que sinon ils auraient dû fermer.
L’augmentation de l’utilisation de la fourrure de lapins
Il existe un consensus dans l’industrie de l’élevage de lapins sur le fait que l’augmentation de l’utilisation de la fourrure de lapin est due à la production bon marché, qui leur permet d’expérimenter librement des procédés tels que la teinture, qui seraient moins souhaitables avec de la fourrure chère. Avoir été capables de faire des essais avec de la fourrure de lapin a permis aux créateurs de se sentir plus confiants pour le faire maintenant avec d’autres fourrures.
La fourrure de lapin de haute qualité provient d’animaux élevés principalement pour leur fourrure. Bien que des articles en fourrure bon marché puissent provenir des lapins élevés principalement pour leur viande, ce n’est en aucun cas en sous-produit. Les profits supplémentaires provenant des ventes de peaux sont la seule raison permettant de maintenir des élevages en activité.
Qu’un lapin tué pour sa chair ait aussi sa fourrure utilisée pour garnir une veste ou acheter une paire de gants est hors de propos. Quiconque mange de la viande de lapin finance cet emprisonnement barbare et inutile et l’abattage des animaux.
La lapine à qui l’on enlève ses petits au bout de 4 semaines se moque de savoir pourquoi tout cela leur arrive, mais sait que cela leur arrive. Peu lui importe que ses petits soient transformés en gants ou en dîner ; tout ce qui lui importe, c’est que ses petits lui sont volés et qu’elle est emprisonnée dans une cage où elle ne peut pas faire ce que font naturellement les lapins : sentir le soleil, courir et sauter.
Ce que vous pouvez faire
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N’achetez pas de vraie fourrure ! Evitez tous les articles et vérifiez consciencieusement les garnitures et les doublures ; si vous n’êtes pas 100% certains que quelque chose est en faux, ne l’achetez pas !
- Achetez dans les magasins qui ne vendent pas de vraie fourrure et encouragez vos amis et votre famille à faire de même.
- Plaignez-vous (poliment) à tout magasin qui vend de la vraie fourrure et informez CAFT.
- Renseignez-vous sur la vérité : contactez-nous pour plus d’information ou consultez notre site web.
- Engagez-vous dans la campagne anti-fourrure : contactez-nous pour les détails.
- Faites un don à CAFT pour soutenir notre travail.
Références :
[1] Leoni et al., (2000) Trasporto e qualità della carne. Rivista di Coniglicoltura, 3: 40-47
[2] Rosell J M (2004) The Suckling Rabbit: Health, care and survival.A field study in Spain and Portugal in 2003-2004. http://www.nanta.es/pdf/area_tecnica/Egypt.JR.IAMZ.1106.pdf
[3] Drescher and Schlender-Bobbis (1996) Pathologic study of pododermatitis among heavy breeders on wire floors (English Summary) World Rabbit Science 4:143-148